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MALI PENSE

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Pourquoi le singe ressemble à l’homme, dit par Ambaga Guindo


Mùnna wárabilen ní mɔ̀gɔ bɔ́ra ɲɔ́gɔn fɛ̀ ?

Ce conte a été édité par le site conte-moi.net, retrouvez le dans la section « Mali » :
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Ambaga Guindo


Artiste comédien conteur, Ambaga Guindo est diplômé de l’Institut national des arts de Bamako (INA) section art dramatique. D’abord instituteur dans une école privée durant trois ans, il décide de se consacrer définitivement à l’art et à la culture. Depuis l’an 2000 il joue les scènes maliennes, africaines et européennes pour le théâtre ou pour le conte ‘‘zirin’’ [1]. Il est souvent sollicité pour jouer dans des sitcoms.

Source : The Spoken Word Project

TranscriptionTraduction littérale
Mùnna wárabilen ní mɔ̀gɔ bɔ́ra ɲɔ́gɔn fɛ̀ ?Pourquoi le singe et l’homme se ressemblent-ils ? [2]
Nìn wáati lá dón ná, wárabilen táar’í jɔ̀ máŋala mà, à kó máŋala mà à k’àlê yɛ̀lɛma kà à kɛ́ mɔ̀gɔninfin.Il était une fois un singe, il alla un jour se présenter devant Dieu, et lui dit qu’il le change et le transforme en homme [3].
Máŋala kó : Ń sɔ̀nna, nká wárabilen, yála é bɛ́ sé kà tó só kɔ́nɔ dá túgulen tìle kɛ̀mɛ wà ?Dieu dit : D’accord, mais, le singe, arriveras-tu à rester dans la maison porte fermée pour 100 jours ?
Wárabilen kó : ɔ̀wɔ ! Ń bɛ́ sé ! Máŋala ń bɛ́ sé ! Wàláyi ń b’í kàli, ń bɛ́ sé kóyi !
Máŋala kó : ò tùma ná, ń y’à mɛ́.
Le singe dit : Oui ! J’y arriverai ! Dieu, je le peut ! Je le jure devant Dieu, je vous le jure, j’y arriverai bien sûr !
Dieu dit : alors, j’ai compris.
Máŋala má fìla kɛ́, à yé wárabilen mìnɛ kà à dátugu só kɔ́nɔ ì n’á fɔ́ à fɔ́ra cógo mín ná.Dieu n’a fait ni une ni deux, il se saisit du singe et l’enferma dans la maison comme il l’avait dit.
Wárabilen tóra só kɔ́nɔ. Tìle tán, kálo kélen, kálo fìla, kálo sàba, fɔ́ ká táa sé tìle bî kɔ̀nɔntɔn àni kɔ̀nɔntɔnnan sú.Le singe resta dans la case. Dix jours, un mois, deux mois, trois mois, jusqu’à ce qu’on arrive au soir du 99ème jour.
Wárabilen nàn’í ɲɛ́ dá kón wò ná, wò nín dɔ́ tùn bɔ́ra, ò wò nìn fɛ̀, à bɛ́ mùn dé yé ?Le singe alla poser son regard par un trou de la porte, un petit trou s’était percé, et par ce petit trou, que voit-il donc ?
Fɛ́n cɛ̀ ɲùman bɛ́ɛ lájɛ̀len díɲɛ kɔ́nɔ.
Jíri féere ɲùmanbaw, mángòrów mɔ̀w, bànani, n’ò yé nàmasaw, ò mɔ̀nenbaw ! kàbanɔ́gɔ tìgɛcogo ɲùmanw,
Jíw bɛ́ kà wóyo fàn bɛ́ɛ fɛ̀.
Ɛ̀ɛ !
Yéelenw bɛ́ kà tìgɛ-tìgɛ, jíribolow bɛ́ kà fiyɛ́nnin fìli kà fòlofala [4].
Páti !
Un échantillon de toutes les belles choses du monde.
Des arbres en fleurs d’une grande beauté, des mangues mûres, des « banani » qui sont des bananes toutes à point, de beaux nuages bien découpés.
Les eaux coulent de partout.
Pas possible !
Les rayons de lumières s’entrecroisent, es branches des arbres sont en train de produire du vent tout en se balançant nonchalamment.
Hélas ! (Sapristi !?)
Ɔ́ ! à ɲɛ́da òlu kàn, fà kárila wárabilen lá.
À kó ò lá : « 
Áa ! Ò kùma nà [5] , né tɛ́ tó yàn !
À y’í fyɛ́ kà dá kón kàn k’à k’à kári k’à dá.
À y’í kánto :
Ɛ̀ɛ !
Díyɛn kɔ́nɔna ká dí cógo mín ̀ ná, bɛ́ɛ b’í k’í díya !
Né dá túgulen bɛ́ ń kàso lá yàn, ń tɛ́ !
Ń sɛ̀bɛkɔrɔ tɛ́ !
Oh ! Aussitôt qu’il posa son regard sur toutes ces belles choses, le singe fut pris de folie.
Il dit alors : « 
Ah ! Alors, je ne reste pas là-dedans !
Il fonça sur la porte pour la casser et la mettre à terre !
Il s’exclama :
Pas possible !
L’intérieur du monde est tellement agréable et tout le monde le prend à son plaisir.
Et moi qui suis enfermé ici en prison, je dis non ! [6]
Je dis non et non ! [7]
Ò fɔ́ à fɛ̀ dɔ́rɔn,
À y’í fɔ́lɔn !
À bɔ́ra !
Bóloki !

À y’í bìla íkomi mɔ̀gɔninfin bɛ́ cógo mín ̀ ná.

Àlê bɛ́ kà fíɲɛ dúman sàma.

À bɛ́ k’í pán,
À bɛ́ k’í púruti,
À nísɔndiyara !
Aussitôt a-t-il dit cela
il se retourna [8],
et il sortit !
Précipitamment !

Il se rangea à la façon dont sont les hommes. [9]

Mais lui, il se remplissait les poumons de cet air agréable

Il bondit
Il fait des cabrioles.
Il se réjouit !
Ò dè lá,
Wárabilen mán kán mɔ̀gɔninfin yé,
À mán kán bágan tɔ̀w yé,
À tóra fùrancɛ lá.
C’est pourquoi
Le singe n’est pas l’égal de l’homme, il n’est pas l’égal des autres animaux [10]
Il est resté au milieu [11].

Remerciements : Soumaïla Camara, anthropologue, professeur à l’INALCO (Paris), pour son oreille, son exigence et ses commentaires précieux.

Avertissements habituels : Nous nous sommes efforcés de transcrire à partir de l’écoute du conte, et dans l’orthographe officielle actuelle du Bambara (Académie officielle des langues, AMALAN - Bamako, 2014). Il ne s’agit en aucun cas ni de paroles approuvées par conte-moi.net ni par leur auteur Ambaga Guindo, encore moins s’agissant de notre traduction, souvent peu élégante car nous essayons de rester au plus près du texte original et de ses formulations.
Erreurs, contresens etc... merci de nous contacter ou d’utiliser le forum ci-dessous !

Notes

[1orthographe exacte : nsíirin.

[2bɔ́ ɲɔ́gɔn fɛ̀ : mot à mot, « se valent l’un l’autre » avec le sens véritable de « se ressemblent ». On remarquera que la phrase est au perfectif : « bɔ́ra ɲɔ́gɔn fɛ̀ » et non « bɛ́ bɔ́ ɲɔ́gɔn fɛ̀ ».

[3mɔ̀gɔninfin : mot-à-mot « homme-petit-noir » mais on ne peut pas vraiment le traduire « petit homme noir », dans le contexte africain c’est tout simplement « un Homme » (au sens « être humain ». Soumaïla Camara explique : « Il n’existe pas en bambara un mot pour désigner le mot « couleur ». Là où les occidentaux parlent de « couleur », nous on dit « l’aspect ». « Fin » en bambara peut avoir des significations comme : l’obscurité, la profondeur, l’authenticité. La langue bambara étant une langue imagée par excellence, elle se sert de l’aspect de certaines choses ou objets pour dire qu’une telle chose à tel ou tel aspect. Ainsi « fìnman », c’est ce qui a l’aspect de l’osbcurité. « jɛ́man » la chose qui a l’aspect de la clarté. « nɛ̀rɛman », la chose qui a l’aspect du fruit du nɛ̀rɛ, etc. C’est pourquoi, c’est une culture très pauvre en couleur. Donc « mɔ̀gɔninfin », c’est « l’être humain ».

[4on trouve plus souvent « fòlokofalaka », au sens de s’agiter légèrement, aller en tous sens, s’ébattre de façon légère et suave… et même agir avec peu de sérieux !

[5on dit plutôt en bambara « Ò tùma ná ». Selon Soumaïla Camara, c’est une influence du jula / diaoula.

[6« ń tɛ́ ! », parfois écris en un seul mot « ntɛ́ ! » = je refuse ! La phrase suivante « Ń sɛbɛkɔrɔ tɛ́ ! », où l’adverbe « sɛbɛkɔrɔ » vient s’insérer, montre qu’il vaut mieux le décomposer dans ses deux éléments d’origine.

[7Je m’y refuse catégoriquement !

[8il bifurqua

[9Il resta avec l’apparence des hommes.

[10on peut entendre aussi : "Wárabilen má kɛ́ mɔ̀gɔninfin yé, À má kɛ́ bágan tɔ̀w yé, "Le singe n’a pu être homme ni comme les autres animaux,"

[11entre les deux

vendredi 17 juillet 2015

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