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Carnet de ville : Ségou, ou le Mali des possibles


Jeune Afrique par François-Xavier Freland, Anciennement à RFI et TV5 Monde, François-Xavier Freland est journaliste à Jeune Afrique depuis septembre 2015. Il couvre essentiellement l’Afrique de l’Ouest et l’Océan indien.

La route entre Bamako et Ségou ayant été récemment goudronnée, le trajet entre les deux villes n’a jamais été aussi rapide.

En moins de trois heures, les 235 km sont avalés. Sur les bas côtés, quelques carcasses de chèvres renversées témoignent des excès de vitesse que s’autorisent désormais certains chauffards. « Autrefois, on faisait la queue pendant des heures au point de contrôle. Aujourd’hui, avec la menace jihadiste, il n’y a presque plus de trafic. Ni de touristes », se désole Maïga, un transporteur privé. Pourtant, malgré la crise sécuritaire qui a fait fuir la plupart des touristes, l’ancienne capitale du royaume bambara survit grâce à des initiatives alternatives et solidaires.

C’est le cas à l’hôtel Hambe. Racheté à un Français en mars 2012 – six jours avant le coup d’État – par Anicet Kibarou Déna, 35 ans, l’établissement a su attirer des employés d’ONG grâce à la qualité de ses prestations.

Originaire de San, petite cité touristique située à 180 km à l’est de Ségou, le jeune propriétaire a longtemps travaillé dans l’hôtellerie de luxe à Bamako. Il est optimiste de nature. Et ne laisse rien au hasard. « J’ai un DUT de tourisme, je suis maçon, plombier, cultivateur, je m’y connais en électricité… Alors je mets toute mon énergie au profit de mon établissement et du quartier », résume-t-il.

Face à la pénurie, il a fait appel aux ressources locales : toute sa vaisselle a été façonnée par les potières de l’île située juste en face de l’hôtel, sur le Niger, le lait est fourni par des éleveurs peuls et les galettes de pain par la voisine. Il a agrandi son établissement avec des matériaux locaux (pisé pour les façades, tommettes pour les sols) et, lorsque « la lumière s’en va », le générateur relié aux capteurs solaires installés sur le toit prend le relais.

Discrètement, derrière les arbres centenaires de son petit jardin, des soldats montent la garde le week-end. « Bien sûr, on n’est jamais à l’abri de rien, mais j’ai des relations plus que professionnelles avec mes voisins, dit-il. Notre destin est lié. »

Une même chaîne humaine anime le Centre Soroble, un atelier de confection de tissus bogolans établi dans une belle demeure en pisé, dans le plus pur style ségovien. Ses deux fondateurs, les frères Coulibaly, y travaillent d’arrache-pied, même le week-end, pour honorer les commandes. Avant la crise, ils vivaient à 80 % du tourisme. Aujourd’hui, ils se sont fait une clientèle parmi les Bamakois aisés et exportent le gros de leur production à l’étranger.

Comme les étrangers tardent à revenir, nous comptons de plus en plus sur nous-mêmes. Ségou mise sur le développement local

« En 2013, nous avons dû débaucher quinze de nos vingt-six employés, se souvient Souleymane Coulibaly. Alors, avec les recettes de la boutique et sans un seul financement extérieur, on est partis à la recherche de clients en Europe. Une entreprise allemande basée à Herford nous a fait confiance. Aujourd’hui, on exporte jusqu’aux États-Unis et ça marche si bien que l’on réembauche. »

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Reste que, cette année, le Festival sur le Niger, un rendez-vous musical incontournable organisé chaque première semaine de février depuis douze ans, n’a accueilli que des artistes et visiteurs maliens. « Comme les étrangers tardent à revenir, nous comptons de plus en plus sur nous-mêmes. Ségou mise sur le développement local », confirme le maire, Ousmane K. Simaga. Pour faciliter la circulation en ville, l’État finance des travaux de voirie : les principales artères sont en train d’être asphaltées et, en périphérie, un échangeur est en construction.

Des élèves de l’école bamakoise Les Castors viennent par ailleurs régulièrement passer quelques jours à Ségou. « Beaucoup de jeunes entendent parler de leur pays dans les médias sans le connaître. Ce projet rapproche la jeunesse de sa culture et de ses paysages », explique Tanty Fanta Sy, l’organisatrice de ces séjours.

Accueillis gratuitement dans les dortoirs des bâtiments du festival, les élèves, âgés de 8 à 15 ans, déjeunent dans des cantines locales, ravitaillées par les épiceries ségoviennes, et achètent quelques souvenirs. Dans la salle d’exposition du centre culturel du festival, Amahiguere Dolo, 61 ans, célèbre sculpteur local, se transforme parfois en guide. « C’est très important de transmettre à cette jeunesse malienne. Et puis, tous ces enfants, c’est la preuve que la vie continue malgré la crise ! »

Comme en écho, le soir venu, les pêcheurs et les lessiveuses s’activent entre les pirogues, au bord du fleuve. Dans la Cité des balanzans (du nom de l’arbre sahélien qui pousse en abondance dans la région), loin du vacarme de l’actualité, ils semblent empreints d’une énergie nouvelle.

François-Xavier Freland

samedi 3 septembre 2016

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