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MAKORO, de Florence Malmassari


Avec ce roman, Florence Malmassari, à rebours de l’actualité [1], donne une image positive du Mali, sans tomber dans l’enchantement, la mièvrerie ou la naïveté : On le découvre à travers les yeux d’une enfant – les yeux de la couverture -, une enfant certes, mais déjà précoce, merci la vie ! et qui apprend vite, poussée par son envie. Makoro découvre Bamako, c’est le prétexte à une série de portraits envoûtants, on est porté par la langue de Makoro, une langue où l’on capte l’ambiance avec plus d’efficacité que l’image, ou que le meilleur enregistrement sonore des rues de Bamako la nuit.

Difficile de choisir un passage que j’adore, il y en a tant. Ouvrons le livre au hasard :

« Cinq musiciens, une kora, un ngoni, une basse, un djembé, une guitare électrique. Le volume réveillerait même une vache. Au moins deux cent jeunes sont venus écouter. Tu les vois tous qui dansent. À peine un se repose, le rythme de nouveau lui enhardit les fesses. (…) Tu vois celui avec la basse ? C’est mon cousin. Il a rencontré Prince. S’il n’allait pas mourir, Sékou était sur son album. »

Florence réussit l’exploit de parler bambara en français, et ce n’est pas seulement la grammaire du bambara qui est l’œuvre derrière ces tournures de phrases à la fois bizarres et familières, correctes en bambara, "limites" en français : Ce sont aussi toutes les images qui constituent le fond culturel bambara. Comment fait-elle, quelle est sa recette ? mystère, et cela restera sans-doute caché dans son amour de la langue et de l’écriture, ainsi que du Mali. Remercions simplement Florence d’avoir donné une forme écrite à ce "français d’Afrique" [2].

L’une des clefs du mystère est aussi que Florence, comme son héroïne, a eu le désir d’apprendre, et à appris le bambara, à l’INALCO – et sur place au Mali, où elle est la langue prédominante, parlée à Bamako, au Mali et dans toute cette zone de l’Afrique de l’Ouest. Elle s’y est immergé dans l’atmosphère des contes bambara. Cet article est un vrai "coup de cœur", pas juste un coup de pouce à une ancienne élève des cours de Bambara, que j’ai suivis comme elle à l’INALCO.

Une invitation sympathique à la lecture de Makoro, et un "essentiel" très bien fait : 2 minutes pour choisir, par "Khalil", sur 20 minutes

Notes

[1ou de portraits féroces, je pense en particulier à la charge de "Wulu", l’excellent film de Daouda Coulibaly, 2016

[2selon la chercheuse Angèle Bassolé-Ouedraogo :
« En Afrique urbaine francophone, à côté du français dit standard, se développe un autre type de français qui, au départ perceptible au sein des classes sociales marginales, s’étend à présent aux élites. Cette langue dite FPA (Français populaire africain) est pratiquée dans les capitales africaines comme Abidjan, Dakar, Cotonou, Lomé ou Ouagadougou. La particularité de cette langue qui a ses propres règles grammaticales et son lexique riche et varié est de révéler l’esprit et le sens de créativité de ses locuteurs. »
https://web.archive.org/web/20080227222734/http://www.francophonie-durable.org/documents/colloque-ouaga-a1-bassole-ouedraogo.pdf

jeudi 15 mars 2018

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